Une vision agroécologique audacieuse prend forme au Burkina Faso
ILC Afrique et le Réseau Billital Maroobé (RBM) lancent une initiative pionnière, soutenue par la Fondation McKnight, pour placer les communautés pastorales au cœur des solutions climatiques.
Le pastoralisme est depuis longtemps célébré comme l’une des réponses les plus résilientes du Sahel à la variabilité climatique; pourtant, sa valeur reste largement sous-estimée dans les politiques et les pratiques. Le 13 novembre 2025, à Ouagadougou, cette perception a commencé à évoluer. Le Réseau Billital Maroobé (RBM), en partenariat avec ILC Afrique et avec le soutien de la Fondation McKnight, a officiellement lancé le projet "Pastoralisme sûr et durable: une solution agroécologique audacieuse face au changement climatique."
Ce lancement a couronné une semaine de dialogues approfondis, de coordination des recherches, d’engagement auprès des gouvernements et de partenariats stratégiques, tous animés par une seule ambition: promouvoir le pastoralisme comme une voie crédible et fondée sur des preuves pour les transitions agroécologiques et climatiques à travers le Sahel.
Un projet fondé sur la sagesse des communautés et la réalité climatique
Dans son allocution d’ouverture, Chec Ouattara, s’exprimant au nom du RBM, a rappelé aux participants que,
Le pastoralisme est plus qu’un mode de production; il incarne l’identité, le savoir et un modèle de résilience éprouvé.
Pourtant, il a souligné que, malgré son importance, les systèmes pastoraux restent marginalisés et mal compris dans les politiques publiques.
Ce projet vise à changer cette situation.
Grâce à une combinaison de recherche-action, d’engagement politique et d’innovation conduite par les communautés, l’initiative cherche à:
- Documenter et promouvoir les pratiques pasto-écologiques fondées sur les savoirs locaux et autochtones.
- Renforcer la gouvernance foncière et sécuriser les espaces pastoraux.
- Favoriser une communauté de pratique dynamique reliant chercheurs, décideurs politiques, pasteurs et société civile.
- Valoriser le leadership des femmes, des jeunes et des gardiens communautaires dans la gouvernance pastorale.
Ces thèmes ont fortement résonné dans l’intervention de Gaoussou Sanou, Secrétaire général du Ministère de l’Agriculture, des Ressources Animales et Halieutiques (MARAH), qui a souligné que,
Le pastoralisme est une solution agroécologique stratégique qui doit être reconnue, valorisée et protégée. Le gouvernement du Burkina Faso est prêt à soutenir l’initiative et à intégrer ses résultats dans les politiques nationales.
Poser les bases: L’atelier de lancement
Avant le lancement public, le RBM, ILC Afrique et le consultant principal en recherche ont organisé un atelier de lancement de deux jours (11–12 novembre). Cette session a permis d’assurer une forte cohérence sur:
- La théorie du changement du projet, incluant l’ajout d’un volet narratif conforme aux exigences de la Fondation McKnight.
- Un cadre méthodologique affiné, intégrant des composantes qualitatives et quantitatives, telles que les SIG et les données spatiales.
- Des rôles, responsabilités et mécanismes de coordination clairs, incluant des points mensuels de suivi.
- Une feuille de route indicative pour la recherche et les prochaines étapes.
Les participants du RBM, d’ILC Afrique et de l’Université de Ouahigouya ont soulevé des questions cruciales, allant des délais de recherche (notamment le temps nécessaire pour obtenir les autorisations de collecte de données) à la nécessité d’adapter les questions de recherche aux différents contextes nationaux. Ces contributions ont considérablement renforcé la rigueur méthodologique du projet.
Un lancement marqué par un fort engagement régional et gouvernemental
Le lancement officiel a réuni plus de 40 participants, avec une représentation de :
- Réseaux RBM et Tin Hanan au Burkina Faso, au Niger et au Mali.
- Institutions gouvernementales.
- Consultants et chercheurs.
- Acteurs de la société civile.
- Médias et participants virtuels.
Les discussions ont été dynamiques et franches. Les participants ont exploré comment la recherche pourrait refléter les réalités des pasteurs déplacés, la diversité des systèmes nomades et sédentaires, et comment le projet pourrait soutenir l’influence politique des communautés.
L’événement a montré une forte appropriation par les organisations pastorales, un engagement clair des autorités gouvernementales et une forte cohérence avec les efforts régionaux plus larges visant à sécuriser les droits territoriaux des communautés pastorales.
Pourquoi ce projet est crucial pour le Sahel, plus que jamais
Le pastoralisme se situe à l’intersection de la résilience climatique, des systèmes alimentaires, de la mobilité et de la gouvernance territoriale. Lorsqu’il est soutenu, il contribue à:
- Restaurer les écosystèmes dégradés.
- Maintenir la diversité génétique du bétail.
- Renforcer la cohésion sociale.
- Soutenir les économies transfrontalières.
- Assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de millions de personnes.
Mais les communautés pastorales sont également confrontées à des pressions: chocs climatiques, insécurité, réduction des couloirs de mobilité et fragmentation des terres.
Ce projet positionne les pasteurs non pas comme des populations vulnérables, mais comme des moteurs de solutions.
Perspectives d’avenir
Avec une feuille de route partagée, l’engagement du gouvernement, l’énergie portée par les membres et des partenariats actifs, le projet entre désormais dans sa phase de mise en œuvre. Les réunions mensuelles de coordination entre ILC Afrique et le RBM débuteront en décembre 2025, suivies d’affinements méthodologiques, de planifications de terrain et du maintien de l’engagement des partenaires.
Les communautés pastorales ont toujours su que la mobilité, l’adaptabilité et le savoir écologique sont les fondements de la résilience. Ce projet et la coalition qui le soutient visent à faire en sorte que le monde écoute enfin.