Comment les communautés de Menabe et de Melaky façonnent une gouvernance foncière inclusive
Dans les paysages ruraux de l’ouest de Madagascar, la terre est bien plus qu’un simple actif productif; elle représente l’identité, les moyens de subsistance et la stabilité sociale. Pourtant, pour de nombreuses communautés, des limites foncières floues, des revendications concurrentes et une connaissance limitée des procédures foncières formelles ont longtemps alimenté les tensions et l’incertitude.
Au cours des derniers mois, une collaboration entre Solidarité des Intervenants sur le Foncier (SIF) et le projet de développement rural AD2M-II a cherché à relever ces défis dans les régions de Menabe et de Melaky. Leur objectif était à la fois simple et ambitieux: renforcer la gouvernance foncière en plaçant le dialogue, la participation et l’appropriation locale au cœur de la prise de décision.
Là où la terre rencontre les moyens de subsistance
L’intervention s’est concentrée en particulier sur le périmètre irrigué de Beboka, où le développement agricole a apporté à la fois des opportunités et des tensions. Lorsque de nouvelles terres deviennent disponibles ou sont réorganisées pour la production, des questions émergent rapidement: qui y a accès? Comment les décisions sont-elles prises de manière équitable? Et comment prévenir les conflits avant qu’ils ne s’aggravent?
Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des solutions techniques, le projet a reconnu que des réponses durables doivent provenir des communautés elles-mêmes. Cette compréhension a façonné un processus combinant médiation, sensibilisation et dialogue multipartite, et non pas des activités séparées, mais des composantes d’un même écosystème de gouvernance.
Renforcer la confiance grâce à la médiation locale
L’un des résultats les plus concrets a été la mise en place de quatre comités locaux de médiation foncière au sein des communautés autour de Beboka. Ces comités réunissent les autorités locales, des représentants communautaires, des femmes, des jeunes et des usagers des terres afin de traiter les différends et d’orienter les décisions par le dialogue.
Pour de nombreux habitants, c’était la première fois que les discussions liées au foncier se tenaient de manière structurée et inclusive. Au lieu de résoudre les conflits de manière informelle ou dans la tension, les communautés disposent désormais d’espaces reconnus pour exprimer leurs préoccupations, clarifier leurs droits et rechercher collectivement des solutions.
Par ailleurs, la cartographie participative et les évaluations foncières ont permis de clarifier l’usage actuel des terres, en distinguant les parcelles certifiées, les zones d’occupation coutumière et les terres disponibles. Le fait de partager ces informations a réduit l’incertitude et rendu la prise de décision plus transparente.
Rendre les droits fonciers compréhensibles
Un autre défi majeur, identifié dès le départ, était le manque d’information. De nombreuses communautés avaient une compréhension limitée des procédures foncières, et la confusion entre titres fonciers et certificats était fréquente.
Pour combler cette lacune, la collaboration a développé des outils de communication simples et accessibles, adaptés aux réalités rurales. Des affiches pédagogiques, des messages en langues locales et des sketches radiophoniques ont permis de traduire des concepts fonciers complexes en un langage du quotidien. Des radios ont également été distribuées pour diffuser ces messages plus largement au sein des communautés.
Ces efforts peuvent sembler modestes, mais leur impact est significatif: des communautés mieux informées sont mieux placées pour participer à la gouvernance et défendre leurs droits.
De l’action locale au dialogue régional
Si la médiation locale était essentielle, l’initiative a également reconnu qu’une gouvernance foncière durable nécessite une coordination à des niveaux plus élevés.
En décembre 2025, un dialogue régional multipartite a été organisé à Morondava, réunissant des acteurs gouvernementaux, des organisations de la société civile, des services techniques et des représentants communautaires. Pendant deux jours, les participants ont cartographié les plateformes de gouvernance existantes, analysé les défis liés au foncier et co-élaboré une feuille de route pours pérenniser les efforts de gouvernance foncière au-delà de la durée du projet.
L’atelier a renforcé une leçon essentielle : lorsque les institutions et les communautés s’assoient à la même table, la gouvernance devient plus cohérente, plus transparente et plus résiliente.
Des innovations pouvant aller plus loin
La collaboration a généré plusieurs approches dont le potentiel dépasse la zone d’intervention:
- Des comités communautaires de médiation foncière, capables de prévenir les conflits et de renforcer la redevabilité locale.
- Des méthodes participatives de partage des terres, conciliant équité et réalités sociales.
- Des plateformes régionales de dialogue, reliant les expériences locales aux discussions sur les politiques publiques.
Enseignements pour une gouvernance foncière inclusive
L’expérience menée dans les régions de Menabe et Melaky met en évidence trois leçons clés pour les praticiens et les décideurs politiques:
La participation renforce la légitimité.
Lorsque les communautés façonnent les processus, les résultats sont mieux acceptés.
La communication compte autant que la politique.
Les lacunes d’information peuvent être aussi déstabilisantes que la rareté des terres elle-même.
Le dialogue local et institutionnel doit fonctionner de concert.
Une gouvernance durable dépend de la mise en relation des structures communautaires avec les cadres régionaux et nationaux.
Malgré des défis logistiques, notamment l’accès limité à certaines zones rurales, le partenariat a permis de poser les bases d’améliorations durables en matière de gouvernance et de cohésion sociale.
Perspectives
La prochaine étape est celle de la durabilité. Un appui continu aux comités de médiation, la poursuite des activités de sensibilisation et le renforcement des liens avec les plateformes foncières régionales et nationales seront essentiels pour maintenir la dynamique engagée.
Ce qui avait commencé comme une collaboration de projet devient progressivement quelque chose de plus durable: une approche de la gouvernance foncière portée localement, fondée sur le dialogue, l’équité et la responsabilité partagée.
Dans des contextes où la terre peut facilement diviser les communautés, l’expérience menée dans les régions de Menabe et de Melaky offre un autre récit : celui où la conversation devient le point de départ de la confiance, et où la confiance constitue le socle du développement.