À l’occasion de la Journée internationale du pastoralisme célébrée le 17 juin 2026 à Ouagadougou, la Plateforme Nationale Multi acteurs sur le Foncier (PAMF) et les organisations pastorales du Burkina Faso sous le parrainage du Ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et Halieutiques soutenu par ILC et la campagne Land Rights Now, ont réuni acteurs communautaires, organisations de la société civile, experts techniques et décideurs autour du thème : « Le rôle du pastoralisme dans les systèmes alimentaires durables ».
Cette rencontre a permis de mettre en lumière la contribution essentielle du pastoralisme à la sécurité alimentaire, à la préservation des ressources naturelles et au développement économique des territoires sahéliens. Les échanges ont également souligné le rôle central joué par les femmes pastorales dans ces dynamiques.
Les femmes, piliers des systèmes alimentaires pastoraux
Dans les communautés pastorales, les femmes interviennent à toutes les étapes de la chaîne de valeur. Elles participent à l’élevage, à la préservation des ressources naturelles, à la transformation des produits animaux et végétaux ainsi qu’à la commercialisation de nombreux produits issus de leur savoir-faire.
Rahmatou, membre du Groupement des femmes de Darkoye, a témoigné de l’importance de ces activités dans la vie quotidienne des ménages. Selon elle, les femmes et les jeunes filles de sa communauté transforment le lait en divers produits dérivés, tout en valorisant des céréales locales comme le mil et le cram-cram (Cenchrus biflorus), ainsi que plusieurs produits forestiers.
Ces activités, souvent peu visibles dans les statistiques économiques, constituent pourtant une source essentielle de revenus et de sécurité alimentaire pour de nombreuses familles pastorales.
Pastoralisme, mobilité et résilience
Parmi les thèmes abordés au cours de la journée, les discussions sur l’accès aux ressources pastorales et financières dans le contexte des réformes politiques, ainsi que celles consacrées aux données et à la mobilité pastorale dans le cadre de l’Année internationale des pâturages et des pasteurs 2026, ont particulièrement retenu l’attention des participantes et participants.
Les interventions ont permis de mieux comprendre la contribution du pastoralisme à l’économie nationale, à la conservation de la biodiversité et à la résilience des systèmes alimentaires. Les échanges ont également mis en évidence les difficultés croissantes auxquelles sont confrontées les communautés pastorales, notamment en raison de l’insécurité, des changements climatiques et de la réduction des espaces de pâturage.
Si certains considèrent la mobilité pastorale comme un facteur de vulnérabilité, Saoudata ABOUBACRINE, secrétaire général de Tin hinan as rappelé qu’elle constitue avant tout une stratégie d’adaptation développée au fil des générations. Bien avant les crises actuelles, les communautés pastorales vivaient en harmonie avec leur environnement grâce à une gestion raisonnée de la mobilité et des ressources naturelles.
La protection des espaces pastoraux, une urgence
Les experts présents ont souligné les défis majeurs auxquels fait face le pastoralisme au Burkina Faso : avancée du front agricole, pression foncière et dégradation progressive des espaces pastoraux.
Le cas de la zone pastorale de Sondré-Est a été présenté comme un exemple emblématique de cette situation. Les analyses techniques ont démontré l’urgence d’accélérer la sécurisation foncière et l’immatriculation des terres afin de préserver les couloirs de transhumance et les espaces de retrait.
Pour l’association Tin Hinan, cette question est directement liée à la survie des savoir-faire féminins. Les femmes pastorales possèdent des connaissances traditionnelles précieuses, notamment dans la transformation du lait. Elles fabriquent du beurre à l’aide d’outres confectionnées en peau de chèvre et produisent du lait caillé selon des techniques transmises de génération en génération.
La disparition des espaces pastoraux menace non seulement les moyens d’existence des éleveurs, mais aussi la transmission de ces savoirs qui constituent un patrimoine culturel et économique majeur pour les communautés sahéliennes.
Faire converger expertise technique et plaidoyer citoyen
Les conclusions présentées lors de cette journée rejoignent les recommandations issues du Dialogue politique mondial sur le pastoralisme tenu en Mongolie. Elles rappellent l’importance de garantir juridiquement les espaces pastoraux et les couloirs de transhumance afin de préserver la mobilité des troupeaux.
À travers sa participation aux côtés du PMAF, de l’APESS, du PASMEP, du RBM et du RECTAO, l’association Tin Hinan a réaffirmé son engagement en faveur d’une meilleure reconnaissance des droits des femmes pastoralistes et de la sécurisation des ressources pastorales.
L’organisation soutient également les initiatives de plaidoyer portées par la campagne internationale « Mobility Matters », qui vise à promouvoir la mobilité pastorale comme un facteur de résilience et de durabilité.
Transformer les engagements en actions concrètes
Au-delà des échanges et des recommandations, les participantes ont insisté sur la nécessité de traduire les engagements politiques en mesures concrètes sur le terrain. La sécurisation foncière des espaces pastoraux, la protection des points d’eau, le maintien des couloirs de transhumance et le renforcement des infrastructures de transformation laitière figurent parmi les priorités identifiées.
Les organisations pastorales et leurs partenaires entendent poursuivre leur travail de suivi, de documentation et de plaidoyer afin de veiller à la mise en œuvre effective des réformes annoncées.
La Journée internationale du pastoralisme 2026 a ainsi constitué une étape importante pour porter la voix des pastoralistes du Burkina Faso. . Elle a également permis de renforcer le plaidoyer porté par les femmes pastoralistes du monde entier, réunies à Katmandou du 25 au 29 mai 2026, en faveur de systèmes alimentaires plus inclusifs, durables et respectueux des droits des communautés pastorales.
AMAN IMAN, AX ISSOUDAR ( l’eau c’est la vie, le lait c’est l’alimentation).