Les femmes rurales mènent la lutte du Kenya pour des droits fonciers équitables
Alors que le Kenya célébrait la Journée internationale de la femme rurale 2025 (JIFR), le message des femmes rurales, des décideurs politiques et des partenaires au développement était clair: les droits fonciers des femmes ne sont pas une faveur, mais un fondement de la justice, de la résilience climatique et du développement national.
Organisée les 8 et 9 octobre 2025, la rencontre de deux jours sur les droits fonciers des femmes a réuni plus de cent participantes et participants représentant des organisations de femmes à la base, des institutions gouvernementales, des organisations de la société civile et des partenaires au développement. Cet événement, tenu dans le cadre des commémorations de la JIFR, est devenu un point de ralliement pour un plaidoyer renouvelé, une prise de décision fondée sur les données, et une action collective visant à garantir aux femmes l’accès, l’usage et la propriété de la terre.
Un mouvement ancré dans la collaboration
La rencontre a illustré la diversité et la force du mouvement pour les droits fonciers au Kenya. Parmi les participantes et participants figuraient GROOTS Kenya, Landesa, Kenya Land Alliance, la FAO, la Coalition internationale pour l’accès à la terre (ILC), Shibuye CBO, ainsi que des institutions gouvernementales telles que la Commission nationale des terres (NLC) et le Secrétariat d’État aux terres.
Dans son allocution d’ouverture, Husna Mbarak de la FAO a rappelé aux participantes que l’année 2026 a été déclarée
L’année de la femme africaine agricultrice.
Une occasion puissante de placer au centre les contributions des femmes rurales à l’agriculture et de veiller à ce qu’elles bénéficient équitablement de la terre et des ressources naturelles.
Eva, de l’ILC Afrique, a souligné que le système actuel « ne fonctionne pas pour nous », appelant à un plaidoyer audacieux, porté par les communautés, qui transforme les politiques en changements concrets. La campagne Stand for Her Land (S4HL) a repris cet appel, exhortant les parties prenantes à combler le fossé entre la loi et la pratique en défendant la sécurité foncière des femmes à tous les niveaux.
Briser les barrières et bâtir des solutions fondées sur les données
Les tables rondes organisées tout au long de l’événement ont mis en lumière les nombreux obstacles complexes auxquels les femmes sont confrontées pour posséder et contrôler la terre, notamment les normes culturelles restrictives, les lois successorales discriminatoires, ainsi que la faible représentation des femmes dans les institutions de gouvernance foncière.
Selon les données présentées par GROOTS Kenya et la Kenya Land Alliance, la propriété foncière individuelle des femmes au Kenya ne représente que 12 à 14 %, contre 38 à 40 % pour les hommes. Seules 3 % des femmes détiennent des titres de propriété à leur seul nom. Cependant, la copropriété et les modèles collectifs au sein de groupes de femmes, tels que les chamas et les associations communautaires, connaissent une progression constante.
Les participantes et participants ont convenu que les progrès dépendent de données précises, ventilées par sexe, pour éclairer à la fois les politiques et le plaidoyer. Comme l’a exprimé une intervenante:
Ce qui n’est pas compté ne peut pas être pris en compte.
De manière encourageante, les institutions nationales en prennent note. Le Bureau national des statistiques du Kenya (KNBS), en collaboration avec ONU Femmes et des organisations de la société civile, renforce des cadres tels que le Cadre kenyan d’assurance de la qualité statistique (KASQUAF) ainsi qu’une nouvelle boîte à outils pour l’utilisation des données de genre, afin de reconnaître et d’intégrer les données produites par les citoyennes et citoyens dans la planification nationale.
Femmes à la base: transformer le savoir en pouvoir
Depuis la tribune, les femmes des communautés de base ont partagé des récits qui exprimaient à la fois la douleur de l’exclusion et la force de la résilience.
Dans le comté de Murang’a
La veuve Regina Mwaura a raconté comment, après avoir affronté une opposition violente de la part de sa belle-famille, elle a réussi à mener à bien une procédure de succession et accompagne désormais d’autres femmes confrontées à des défis similaires.
Dans le comté de Kakamega
Lynette Kalumba a décrit comment le modèle de location de terres du comté permet à des femmes pauvres et sans terre d’accéder à des parcelles pour la culture une initiative aujourd’hui soutenue par le gouvernement du comté.
Et dans la sous-région de Lari
Une initiative de cartographie des terres publiques, dirigée par des femmes en partenariat avec GROOTS Kenya, a permis de prévenir les accaparements illégaux de terres, de protéger les espaces publics et de garantir que les fonds de développement soient directement affectés aux priorités communautaires, telles que les écoles et les centres de santé.
Chaque histoire a mis en évidence une vérité essentielle : les femmes ne sont pas seulement bénéficiaires des réformes foncières ; elles en sont les co-créatrices de solutions.
Changements politiques et actions au niveau des comtés
Au-delà du dialogue, la rencontre a abouti à des résultats concrets.
Dans le comté de Kajiado
Le gouverneur a ordonné que chaque sous-comté mette en place un bureau dédié aux droits fonciers des femmes afin de rendre les services plus accessibles.
La Commission nationale des terres (NLC)
A réaffirmé son engagement à intégrer la dimension de genre dans tous les cadres de gouvernance foncière et à renforcer les systèmes de données ventilées par sexe.
Les participantes
Et participants ont appelé à simplifier les procédures de succession, à décentraliser les services et à organiser régulièrement des cliniques foncières communautaires afin d’accélérer l’accès des femmes à la justice.
Ces évolutions reflètent une reconnaissance croissante du fait que la gouvernance inclusive commence au niveau local et que les gouvernements des comtés sont des acteurs essentiels pour garantir l’équité entre les sexes dans l’administration foncière.
Droits fonciers et justice climatique: un agenda commun
La rencontre a également exploré l’intersection entre les droits fonciers, les systèmes alimentaires et l’action climatique.
Les discussions autour des Conventions de Rio les traités des Nations Unies sur le changement climatique, la biodiversité et la lutte contre la désertification ont révélé à quel point la propriété foncière des femmes est intimement liée à la durabilité environnementale.
La campagne Stand for Her Land œuvre pour que les droits fonciers des femmes soient intégrés dans le Plan d’action genre (GAP) du Kenya dans le cadre de la CCNUCC. Ce plan, élaboré conjointement par le ministère de l’Environnement et le département du Genre, positionne le Kenya comme un leader continental de la gouvernance climatique sensible au genre.
Cependant, les participantes et participants ont mis en garde contre la fragmentation entre plusieurs plans d’action genre couvrant le climat, la biodiversité et la désertification, appelant à l’élaboration d’un Plan d’action national unique sur le genre, garantissant la cohérence et la collaboration entre tous les secteurs.
Engagements partagés et perspectives d’avenir
Le dialogue de deux jours s’est conclu par des engagements clairs et concrets:
Les femmes à la base
Se sont engagées à renforcer les campagnes de sensibilisation, à créer des groupes communautaires de veille et à mobiliser des mouvements locaux en faveur de la propriété foncière des femmes.
Les institutions gouvernementales
Se sont engagées à renforcer les capacités, à décentraliser les services fonciers et à intégrer la dimension de genre dans tous les programmes liés au foncier.
Les partenaires au développement
tels que la FAO et Oxfam, ont promis de poursuivre leur soutien à l’enregistrement des terres, aux systèmes de justice alternative (AJS) et aux programmes de moyens de subsistance.
Les organisations de la société civile
Se sont engagées à traduire les lois foncières dans les langues locales, à simplifier les informations techniques et à fournir régulièrement une assistance juridique aux femmes rurales.
En regardant vers l’avenir, les partenaires ont convenu d’organiser la Conférence nationale sur les droits fonciers des femmes en 2026, en alignant leurs efforts sur l’Année internationale de la femme africaine agricultrice et en appelant à une directive présidentielle sur les droits fonciers des femmes et la succession.
De la commémoration à la transformation
La rencontre de la Journée internationale de la femme rurale 2025 n’était pas simplement un événement ; elle a marqué une étape importante du mouvement.
Elle a rappelé que le développement durable, la sécurité alimentaire et la résilience climatique en Afrique reposent sur une vérité fondamentale : lorsque les femmes rurales possèdent la terre, les communautés prospèrent.
Comme l’a résumé une participante:
La véritable transformation consiste à changer les systèmes, pas les femmes