Des cadres politiques aux réalités vécues
La deuxième journée de la Rencontre des femmes pasteures africaines (APWG) a marqué un tournant décisif, en passant des cadrages de haut niveau à un engagement plus approfondi sur les politiques, les droits fonciers et les réalités vécues par les femmes pasteures, alors que les participantes faisaient progresser l’élaboration d’une Charte panafricaine. La journée a réuni des dirigeants gouvernementaux, des experts techniques et des femmes pasteures afin d’aligner des processus politiques fondés sur des données probantes issues des réalités de terrain, renforçant ainsi le rôle central des femmes dans la définition de l’avenir de la gouvernance des parcours pastoraux.
Une voie politique pour des parcours pastoraux résilients et inclusifs
Un point fort a été la présentation de l’Évaluation d’Impact Réglementaire (RIA) de la Politique sur les parcours pastoraux de l’Ouganda, qui a mis en évidence la voie de réforme la plus pertinente.
Le consultant en charge du processus a souligné que les parcours pastoraux sont essentiels à la santé écologique de l’Ouganda, à ses systèmes alimentaires et à ses économies rurales, tout en demeurant sous pression en raison de politiques fragmentées, de la dégradation des terres et d’une faible coordination institutionnelle.
L’évaluation a identifié qu’une politique dédiée aux parcours pastoraux, soutenue par une législation et une réglementation appropriées, constitue l’option la plus efficace, offrant un cadre global pour harmoniser les politiques, sécuriser les systèmes de pâturage communautaires et garantir la responsabilité.
De manière cruciale, l’approche intègre les considérations de genre, reconnaissant que la gestion durable des parcours pastoraux doit inclure et protéger les femmes pasteures.
Engagement du gouvernement envers le pastoralisme et l’autonomisation des femmes
La rencontre a été officiellement ouverte par S.E. Jessica Rose Alupo, vice-présidente de l’Ouganda, qui a réaffirmé l’engagement du gouvernement à renforcer les systèmes pastoraux par la politique et l’investissement.
Soulignant l’importance de la stabilité dans les régions pastorales, elle a noté:
Elle a appelé à des pratiques pastorales adaptatives et modernes en réponse au changement climatique, incluant le développement des pâturages, l’irrigation et l’amélioration de la gestion du bétail. Elle a également encouragé les pasteurs à se tourner vers la valorisation des produits et les marchés régionaux:
La vice-présidente a en outre souligné la nécessité de protéger les systèmes de pâturage communautaires, de lutter contre la fragmentation des terres et d’assurer une participation inclusive, en encourageant les hommes à agir en partenaires pour promouvoir l’autonomisation des femmes.
La journée a également marqué le lancement du Réseau et Centre d’Apprentissage des Femmes Pasteures Africaines, une étape clé pour renforcer le leadership, l’échange de connaissances et le plaidoyer.
Les droits fonciers et le pastoralisme au cœur de la réforme politique
Lors d’une présentation sur la gouvernance foncière, M. Irumba Harrison Henry, commissaire adjoint chargé de l’analyse des politiques au ministère ougandais des Terres, du Logement et du Développement urbain, a souligné l’importance du pastoralisme tant comme système économique que comme mode de vie, protégé par la Constitution.
Il a mis en évidence que les pasteurs contribuent de manière significative à la sécurité alimentaire nationale et aux moyens de subsistance, tout en continuant de faire face à des défis tels que la perte de terres, l’insécurité foncière et l’exclusion des processus décisionnels.
Il a souligné que les cadres politiques fonciers de l’Ouganda reconnaissent les pasteurs comme un groupe d’intérêt particulier et prévoient de sécuriser les droits fonciers communautaires, de renforcer les systèmes de gouvernance et de protéger la mobilité pastorale, en particulier pour les femmes.
De la structure au fond: construire une charte dirigée par des femmes
La deuxième journée a également permis de faire progresser le processus d’élaboration de la Charte, un résultat central de l’APWG. Le processus est soutenu par une équipe technique, notamment par Mme Triphosa Acer, du Département de la Justice et des Affaires Constitutionnelles du Kenya, qui a présenté une ébauche de structure pour la Charte.
Elle a souligné que la Charte doit être conçue et appropriée par les femmes pasteures elles-mêmes:
Les participantes se sont réparties en groupes thématiques pour développer les sections clés, couvrant les principes, les droits, les actions prioritaires et les mécanismes de responsabilité.
Mettre les réalités vécues au centre des politiques et du plaidoyer
Un moment fort de la journée a été une séance dédiée au partage d’expériences, animée par Mme Judy (IMPACT Kenya) et Mme Ana Ndiko (PINGOs Forum), qui a permis aux femmes de s’exprimer librement sur les réalités qui façonnent leur vie.
Les témoignages ont révélé des défis structurels profondément enracinés, notamment:
- Inégalités foncières et successorales
- Exclusion économique malgré la gestion du bétail par les femmes
- Violence basée sur le genre et pratiques néfastes
- Manque d’accès aux soins de santé, en particulier lors des migrations
- Exclusion des processus décisionnels et des processus de paix
Ces expériences vécues alimentent désormais directement la Charte, garantissant qu’elle reflète les véritables priorités et revendications des femmes pasteures à travers l’Afrique.
Perspectives
Alors que l’APWG progresse, l’accent est désormais mis sur la traduction de ces enseignements en engagements concrets et en demandes politiques concrétisables.
La deuxième journée a mis en évidence que les femmes pasteures ne se contentent pas de contribuer à la conversation; elles dirigent l’agenda, façonnant une vision panafricaine unifiée pour les droits fonciers, la gouvernance des parcours pastoraux et le développement inclusif.