Les engagements climatiques du Burkina Faso et l’avenir de la gouvernance foncière
À mesure que les impacts du climat s’intensifient dans le Sahel, il devient de plus en plus clair que la vulnérabilité climatique n’est pas uniquement déterminée par des facteurs environnementaux. Dans des contextes où les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et la cohésion sociale dépendent fortement de la terre, une faible gouvernance foncière peut amplifier les risques climatiques et alimenter les conflits. La Contribution Déterminée au niveau National (CDN) 3.0 du Burkina Faso constitue un exemple important de la manière dont les pays peuvent commencer à aborder ces défis interconnectés de manière plus intégrée.
Changement climatique et conflits liés à la terre
La CDN 3.0 du Burkina Faso reconnaît explicitement que les inégalités d’accès à la terre, la faible application des lois foncières, la marginalisation de certains groupes et la dégradation des sols font partie des facteurs qui accroissent la vulnérabilité au changement climatique. Il est essentiel de noter qu’elle reconnaît également que les chocs climatiques exacerbent les tensions autour de la terre et des ressources naturelles, en particulier dans les zones fragiles et affectées par les conflits.
Cette approche marque une rupture avec les CDN plus traditionnelles, qui se concentrent principalement sur les émissions et les mesures d’adaptation. En situant la gouvernance foncière dans l’analyse des conflits et de la vulnérabilité liés au climat, la CDN du Burkina Faso traduit une compréhension plus réaliste de la manière dont les risques climatiques se manifestent sur le terrain.
La gouvernance foncière comme fondement de la résilience climatique
Un trait distinctif de la CDN 3.0 du Burkina Faso est son traitement de la gouvernance foncière comme condition préalable à la résilience climatique, plutôt que comme une préoccupation secondaire. La CDN souligne que des actions climatiques efficaces dépendent de la participation pleine et inclusive des communautés locales et de la protection de leurs droits fonciers légitimes.
Cette approche reflète un ensemble croissant de preuves : lorsque les communautés disposent de droits fonciers sécurisés, elles sont plus susceptibles d’investir dans la gestion durable des terres, de soutenir les efforts de restauration et de s’engager de manière constructive dans les initiatives climatiques. Une tenure sécurisée réduit également les conflits et renforce la confiance entre les communautés et les institutions, deux éléments essentiels à une résilience durable.
Aller au-delà des principes: instruments de tenure et données foncières
Contrairement à de nombreux engagements climatiques qui ne mentionnent la terre qu’en termes abstraits, la CDN 3.0 du Burkina Faso pointe des instruments de tenure concrets, notamment les Attestations de Possession Foncière Rurale (APFR) et les Chartes Locales de la Terre. Ces mécanismes sont présentés comme des outils pour sécuriser les droits fonciers des communautés, prévenir les conflits liés à la terre et favoriser des investissements résilients au climat dans les zones rurales.
La CDN souligne également l’importance des données foncières pour l’action climatique. Les systèmes d’information foncière fiables sont reconnus comme essentiels pour cibler les interventions, éviter les revendications superposées et garantir la transparence et la responsabilité dans les projets climatiques. Ce lien entre la gouvernance foncière et les données climatiques est particulièrement pertinent pour l’utilisation efficace des financements climatiques.
Construire de l’influence
L’inclusion de la gouvernance foncière dans la CDN 3.0 du Burkina Faso reflète un engagement soutenu des acteurs nationaux, de la société civile et des plateformes axées sur la terre, qui travaillent à l’intersection des politiques foncières et climatiques. Bien que toutes les propositions n’aient pas été pleinement intégrées, un plaidoyer constant et des contributions techniques ont permis de faire passer la question de la terre d’un sujet périphérique à un composant structurel de la résilience climatique.
Cette expérience met en lumière une leçon plus large pour les défenseurs de la Terre et du climat : influencer les CDN est souvent un processus progressif. Un engagement stratégique à long terme peut générer des gains significatifs en matière de formulation, de priorités et d’inclusivité.
Pourquoi l’expérience du Burkina Faso est importante
L’approche du Burkina Faso offre des enseignements précieux pour d’autres pays, en particulier en Afrique et dans les contextes fragiles:
- Une action climatique qui ignore la gouvernance foncière risque d’être inefficace ou de provoquer des conflits.
- Une tenure foncière sécurisée renforce la durabilité et l’impact des investissements climatiques.
- L’intégration de la gouvernance foncière dans les CDN améliore la cohérence des politiques entre le climat, le développement et la consolidation de la paix.
À mesure que les pays passent des engagements de la CDN à leur mise en œuvre et préparent les futures révisions, la CDN 3.0 du Burkina Faso constitue une référence pratique pour placer la gouvernance foncière au cœur de la politique climatique.
Un appel à une plus grande visibilité et à la réplication
Assurer la visibilité sur la manière dont le Burkina Faso a intégré la terre à ses engagements climatiques n’est pas simplement un exercice de communication. C’est une opportunité stratégique pour influencer la conception et la mise en œuvre de l’action climatique dans toute la région. En partageant et en tirant des enseignements de cette expérience, les décideurs et praticiens peuvent promouvoir des solutions climatiques non seulement respectueuses de l’environnement, mais également socialement inclusives et sensibles aux conflits.
Dans une région où terre, climat et paix sont indissociables, la CDN 3.0 du Burkina Faso nous rappelle que des avenirs climatiques résilients commencent par une gouvernance foncière sécurisée et inclusive.