L’Afrique adopte une charte historique des femmes pastoralistes
Des réalités vécues aux engagements continentaux, les femmes pastoralistes façonnent l’avenir des droits fonciers, de la gouvernance et de la résilience des pâturages. Le troisième jour du Rassemblement des femmes pastoralistes africaines (APWG) a marqué un tournant décisif du dialogue vers l’action, culminant avec le lancement officiel de la Charte africaine des femmes pastoralistes; un cadre historique appelé à influencer les politiques, le plaidoyer et les investissements à travers le continent.
S’appuyant sur les discussions précédentes, les participants ont affiné les priorités relatives aux droits fonciers, à la gouvernance, à l’inclusion du genre et à l’investissement responsable, en ancrant leurs contributions dans les réalités vécues au sein des zones de pâturage en Afrique.
Au cœur des échanges, un message clair s’est dégagé: la sécurisation des droits fonciers est fondamentale pour les moyens de subsistance et la mobilité des pastoralistes.
Il a souligné la nécessité d’un engagement politique ciblé et d’un meilleur alignement avec les plateformes mondiales de plaidoyer.
Les participants ont appelé à des mécanismes concrets tels que la reconnaissance officielle des terres pastorales, le renforcement des systèmes de tenure communautaire, et la garantie que les voix des pastoralistes soient stratégiquement positionnées dans les espaces politiques internationaux, y compris les prochaines rencontres mondiales.
Les femmes au cœur des économies et de la gouvernance des pâturages
À travers les différentes sessions, le rôle des femmes est apparu non pas comme périphérique, mais central dans les systèmes pastoraux; sur les plans économique, social et environnemental.
Ils ont appelé à un changement de paradigme, en passant de récits fondés sur les déficits à des approches reconnaissant les forces et le leadership des femmes.
Cependant, des obstacles structurels persistent. Les discussions ont mis en évidence l’exclusion des femmes des espaces de prise de décision, notamment des comités de paix, des institutions de gouvernance foncière et des négociations transfrontalières sur les ressources.
Les participants ont également souligné la nécessité de services sensibles au genre, notamment des systèmes d’éducation mobile pour les filles pastoralistes, l’accès aux services vétérinaires et de vulgarisation, ainsi que des politiques reconnaissant les femmes comme détentrices indépendantes de droits fonciers.
Repenser l’investissement: de l’extraction à l’équité
Un panel de haut niveau sur les chaînes de valeur du bétail et l’investissement responsable dans les pâturages a souligné l’urgence d’aligner les investissements sur les droits des communautés et sur la durabilité environnementale.
Elle a appelé à la mise en place de garanties contraignantes, notamment le consentement libre, préalable et éclairé (CLPE), des obligations de restauration environnementale et des cadres de compensation équitables.
Rejoignant cette position, Mme Ruth Kihiu, représentant le Pastoralist Women Council, a remis en question les modèles d’investissement dominants:
Les communautés ne devraient pas seulement accueillir les investissements, mais aussi en être propriétaires et en tirer profit à travers des entreprises portées par les communautés, en tant que leviers de développement équitable.
Les participants ont également mis en garde contre l’individualisation des terres communales, en soulignant son impact sur la mobilité, les conflits et la durabilité à long terme.
Du plaidoyer à l’action: un engagement continental
La journée s’est conclue par le lancement officiel de la Charte africaine des femmes pastoralistes, en présence de plus de 200 participants, de décideurs politiques et de partenaires au développement.
Dans son discours liminaire, elle a souligné la valeur économique et sociale des femmes pastoralistes.
Elle a également annoncé des engagements visant à faire progresser une législation sensible au genre, à renforcer les droits fonciers et à reconnaître officiellement le pastoralisme comme un secteur économique clé, notamment à travers une prochaine motion parlementaire sur les droits des pastoralistes.
La charte pose désormais les bases d’un plaidoyer soutenu, y compris des engagements mondiaux à venir au cours desquels les femmes pastoralistes porteront une voix unifiée.
À la clôture du rassemblement, un message a fortement résonné: il ne s’agit pas d’une fin, mais du début d’un mouvement, porté par des femmes pastoralistes déterminées à façonner l’avenir de la gouvernance foncière, de la résilience climatique et du développement inclusif à travers l’Afrique.